Mouvements autour des SEL

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A Vancouver, des containers transformés en outilthèques nouvelle formule

dim 4 novembre 2018

A Vancouver, des containers transformés en outilthèques nouvelle formule

Résilience

Au printemps prochain, les habitants de Vancouver trouveront peut-être que la location de matériel de camping sera aussi facile que l’emprunt d’un livre à la bibliothèque. Le projet “La Choserie”, Thingery project, est une initiative lancée par le fondateur de l’outilthèque de Vancouver, Chris Diplock. Le premier projet pilote de la Choserie a été mené pendant l’été 2016. Au cours des mois suivants, Diplock a conclu des accords avec la ville de Vancouver, avec une coopérative locale de crédit et diverses associations de quartier pour faire vivre le concept.

Une Choserie, selon le site web du projet, est une librairie d’objets en self-service, organisée en coopérative, logée dans un container de transport aménagé. Les objets, par exemple des outils, des équipements sportifs ou du matériel de cuisine, sont des dons ou des achats collectifs effectués par les membres de la Choserie. Les emprunteurs réservent les outils en ligne et les récupèrent grâce à un système de code d’accès. Les membres paient une seule fois une participation de $50 et ensuite une cotisation annuelle de $29 pour avoir accès à une multitude d’outils. Il faut aussi ajouter une somme modique pour emprunter certains outils mais la plupart sont gratuits.

Un des objectifs de Diplock était de reprendre le concept de l’outilthèque qu’il avait créée en 2011 dans davantage de quartiers de Vancouver. Dans une ville aussi étendue, se rendre jusqu’à un site unique d’outilthèque n’est pas faisable pour de nombreux Vancouverois. « Nous voulions avoir une sorte d’outilthèque à l’échelle d’une bibliothèque de prêt, avec de nombreuses filiales mais notre outilthèque ne pouvait pas atteindre cette envergure,» dit Diplock. « Ce que nous voulons faire, c’est mettre [ces structures semblables aux outilthèques ] directement dans les quartiers et en libre-service. » Diplock dit que le niveau d’adhésion suscité parmi les habitants a été un puissant facteur de motivation. « Nous nous réjouissons de soulever tant d’intérêt dans la population. » Il dit qu’il est encore trop tôt pour établir un profil détaillé des utilisateurs actuels et potentiels. « Nous n’avons pas encore un réel aperçu de qui sont nos emprunteurs mais nous nous attendons à une grande variété, étant donné le problème du manque d’espace pour beaucoup de gens qui vivent dans d’assez petits appartements et copropriétés. Ils n’ont donc pas envie de posséder des équipements qui prendraient de la place. »

La première « Choserie » a ouvert le 2 décembre à New Westminster. Quatre autres lieux dans l’agglomération de Vancouver sont en chantier, avec l’ouverture prévue début 2018. Chaque Choserie appartient à une coopérative de quartier autogérée qui organise aussi les dons et les achats groupés. Julia Hulbert, administratrice de la Choserie Kitsilano, supervise cette Choserie dont l’ouverture est prévue en février de l’année prochaine à Kitsilano près du centre de Vancouver.

« Il n’y a pas d’endroit à Kitsilano où on peut juste louer des outils ou du matériel de camping et il existe un vrai besoin. On a des étudiants, de jeunes familles et d’autres personnes vivant dans de petits appartements qui n’ont tout simplement pas de place pour un filet de volley-ball ou un réchaud de camping » dit Julia Hulbert. Julia, étudiante en 2ème cycle d’urbanisme. L’utilité de la Choserie ne se limite pas à fournir aux familles des locations de matériel de camping. « C’était un truc sur lequel je suis tombée par hasard sur Facebook et j’ai trouvé le principe vraiment génial, dit-elle. Ce qui m’a attirée, c’était l’idée de me constituer mon propre groupe à Vancouver. L’économie participative offre énormément de potentiel pour rassembler des gens et les aider à créer de nouveaux liens personnels et communautaires. »

Julia Hulbert et ses collègues du conseil d’administration espèrent organiser des évènements de voisinage réguliers à la Choserie et aux alentours. Un nettoyage de la plage est prévu au début du printemps pour motiver les troupes et d’autres évènements sont programmés. « Dans quelques années, j’adorerais que la Choserie Kitsilano atteigne 500 adhérents et qu’elle organise de super programmes dans le voisinage et de solides partenariats avec des groupes locaux. » dit-elle. « Je peux imaginer que le concept se répande dans tout le Canada comme un moyen de rendre l’économie locale de partage aux quartiers. » « Une fois que nous aurons démarré, j’espère emprunter un jeu de pétanque et une paire de raquettes à neige, » ajoute t-elle. « Pour adhérer à la Choserie, ça coûte $50 une fois pour toutes plus $29 par an. Et une paire de raquettes neuves, qui coûte environ $150, peut être louée plusieurs fois par an. C’est vraiment facile de récupérer son investissement. C’est génial aussi de pouvoir emprunter un matériel de grande qualité plutôt que rogner sur les dépenses et de se retrouver avec un matériel qui va vite se détériorer. »

Diplock et Hulbert aimeraient voir le concept s’étendre à toute la région et éventuellement encore plus loin. Diplock dit qu’il a déjà entendu des gens intéressés par l’installation de Choseries à l’extérieur de Vancouver, particulièrement dans les communautés de communes des alentours et en Alberta. « C’est formidable de savoir que nous sommes en train de construire quelque chose d’adaptable aux communautés locales, » dit il. Il encourage les personnes qui seraient intéressées par l’installation de leur propre Choserie locale d’entrer en contact par l’intermédiaire du site web. « Si ça peut marcher ici à Vancouver, ça peut marcher presque partout.

Par Ruby Irene Pratka, republié d’après Shareable, 10 janvier 2018 - traduit par pascale Dey

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Incroyables Comestibles, à Todmorden des légumes cultivés sur place en libre accès

lun 1 octobre 2018

Incroyables Comestibles, à Todmorden des légumes cultivés sur place en libre accès

Le problème:

La croissance rapide des villes met à mal le lien des gens avec leur écosystème alimentaire. Bien que ce problème attire l’attention de certains élus municipaux qui adoptent des programmes et des stratégies durables, les opérations décidées par les équipes dirigeantes en direction des citoyens prennent un temps considérable et n’offrent aucune garantie de résultats. Et si les citoyens engagés dans de petites actions locales avec une approche opposée, de la base vers le haut, pouvaient avoir un énorme impact? Les villes sont des centres pleins de ressources et d’énergie et, en misant sur les contacts avec les amis, les familles, les voisins et les associations locales, il est possible de créer des systèmes alimentaires viables et peu chers.

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La sociocratie et la nouvelle économie

mar 11 septembre 2018

La sociocratie et la nouvelle économie

L'organisation sans but lucratif "Sociocratie pour Tous" a qualifié la sociocratie de "système de fonctionnement" de la nouvelle économie.
Nous affirmons que la sociocratie pourrait être au cœur de la nouvelle économie. Avant de décrire comment la sociocratie et les paradigmes de collaboration vont de pair, examinons la nouvelle économie.

 

La nouvelle économie
Pour nous, la nouvelle économie est l'ensemble des parties de notre économie qui est basé sur des valeurs de justice (sociale, générationnelle, raciale, environnementale, etc.) et de coopération. L'idée sous-jacente du mouvement de la Nouvelle Économie est que la concurrence créera toujours des gagnants, mais aussi forcément des perdants d'un système. Les partisans de la nouvelle économie ne sont pas disposés à accepter les groupes marginalisés comme faisant partie intégrante d'un système. Au lieu de cela, l'hypothèse de base est que tous les humains sont programmés pour une collaboration basée sur l'égalité, et que la collaboration nous sert à tous. Nous sommes tous connectés, et si nous nuisons à la planète à un endroit, nous sommes tous touchés.

Ajoutez la sociocratie.
La nouvelle économie n'est pas dirigée par des individus isolés. Elle est gérée par des personnes qui collaborent. On ne peut pas se passer des autres. Une fois que vous êtes en groupe, vous devez prendre des décisions ensemble, d'une façon ou d'une autre. L'auto gouvernance est omniprésente, même dans la façon dont nous avons été élevés et élevons nos enfants. Les méthodes de gouvernance - la façon dont nous prenons nos décisions - auront une incidence non seulement sur ce que nous faisons et sur la quantité de travail que nous faisons, mais aussi sur les rapports mutuels au sein de notre groupe. La prise de décisions en groupe peut être lourde et douloureuse. Ou alors elle peut être productive, rafraîchissante et stimulante. Cela dépend de la méthode que vous utilisez pour prendre une décision, jusqu'au détail de qui parle et quand (et combien de temps). La sociocratie aide les groupes à tenir ces conversations, sur un pied d'égalité, et à aller de l'avant. Au-delà de l'efficacité, les outils sociocratiques font des discussions de groupe et des décisions une expérience fédératrice.
Avec la sociocratie, nous gérons nous-mêmes des organisations qui utilisent les valeurs de la nouvelle économie. Plus encore: étant donné que nous sommes plus productifs, notre contribution positive à notre société et à notre planète aura plus d'impact qu'avec une méthode de gouvernance traditionnelle.

La sociocratie soutient les valeurs de la nouvelle économie
Pour montrer comment les valeurs de la sociocratie sont alignées et soutiennent les valeurs de la nouvelle économie, je vais me concentrer sur la façon dont les décisions sont prises dans la sociocratie.

Dans la sociocratie, nous prenons des décisions par consentement mutuel. Cela signifie qu'une décision est prise quand il n' y a pas d'objection. Une objection sera soulevée si un membre de l'équipe craint que la décision ne nuise au but de l'organisation. Par exemple, l'introduction de droits d'adhésion pourrait nuire à l'objectif de fournir l'accès à tous. Mais les cotisations, par conséquent le fait d'avoir des fonds, pourraient promouvoir l'objectif de faire le travail de l'organisation. Rien n'est binaire non plus. Et l'objection n'est pas un blocage, c'est simplement une demande d'examiner un aspect d'une décision et d'améliorer cet aspect. Nous devons examiner les objections et voir comment nous pouvons parvenir à une solution globale qui fonctionne pour tout le monde. Ce n'est peut-être pas parfait pour tout le monde tout le temps, mais on ne peut ignorer les besoins des personnes.

Changement de culture
En quoi est-ce différent du consensus? Le consensus demande "êtes-vous d'accord?" lorsque le consentement demande: '' As-tu une objection?" Par consensus, nous sommes tentés d'exiger nos préférences, ce que nous voulons vraiment. Le consensus fonctionne bien dans un groupe très homogène avec des ensembles de valeurs et des contextes très semblables. Toutefois, lorsque nous nous réunissons au-delà des frontières, nous devons embrasser le pluralisme. Nos expériences ne seront pas les mêmes. Ce qui est mieux pour toi n'est peut-être pas mieux pour moi. Nous devons trouver un moyen de travailler avec cela. La prise de décision par consentement mutuel est exactement cela. Pour moi, passer au consentement et laisser derrière moi l'idéal du consensus est une question de respect de la diversité des expériences que nous avons dans notre société. Abandonner l'espoir de trouver une solution parfaite ouvre plus de possibilités dans le moment présent, entre les personnes et dans la durée.

La sociocratie change la culture. Les objections ne ralentissent pas le processus. Les besoins des gens ne sont pas des nuisances, mais des besoins dont nous voulons tenir compte. Ce sont des occasions de prendre en considération ce que nous avons déjà manqué auparavant. Les objections font ressortir une préoccupation, une façon dont une politique pourrait nuire à notre objectif. Bien que nos expériences et nos sentiments soient tous différents, nos besoins humains fondamentaux sont tous les mêmes. Entendre les différences, mais s'unir dans ce que nous partageons tous en tant qu'humains, c'est la mentalité de la sociocratie et c'est exactement ce que signifie la nouvelle économie.

Décisions locales et unités connectées

Nous ne pouvons tirer parti de notre sentiment d'unité que si nous disposons d'informations sur l'impact de nos actions. Si je ne sais rien de vos luttes, comment pourrais-je me sentir proche de vous? (Et m'intéresser à vous). Nous avons besoin de connaître les autres et nous devons être libres d'agir. Cela a deux implications:
D'une part, les décisions doivent être prises au niveau local - là où les expériences sont faites. La sociocratie place la prise de décision dans les équipes où le travail se fait. Ce sont les travailleuses et les travailleurs et eux seuls qui prennent les décisions concernant leur service. Ils savent ce qui fonctionne bien et ce qui ne fonctionne pas bien.
D'autre part, il doit y avoir un flux d'informations entre les unités locales (nous les appelons cercles). Ce que nous faisons à un endroit donné peut influer sur ce qui se passe à un autre endroit, parfois de façon inattendue. Aucune personne ou aucun groupe ne peut prêter attention à l'ensemble parce que le monde est trop complexe. Ce que nous pouvons faire, c'est relier nos cercles pour assurer la circulation de l'information. C'est exactement ce que fait la sociocratie. La liaison assure la transparence et l'unité. Grâce à la circulation de l'information, tout le monde dans l'organisation sait quel est l'impact de son travail, et son travail est vu dans toute l'organisation.


Les cercles sont imbriqués de sorte que nous pouvons avoir des cercles au niveau de l'État qui sont constitués de dirigeants et de représentants des cercles suivants. De cette façon, aucune information sur ce qui se passe au niveau des petites communautés ne se perd, elle n'est filtrée que par des cercles plus larges ("supérieurs") qui peuvent prêter attention à l'ensemble.

L'avenir
Nous voulons pratiquer la sociocratie dans toutes les organisations dont nous faisons partie. De nombreuses communautés et coopératives l'utilisent déjà. De plus en plus d'organismes sans but lucratif commencent à être intéressés. Et il y a maintenant de plus en plus d'écoles sociocratiques - imaginez une génération d'enfants formés aux techniques de coopération et de co-création!
Je suis heureux de contribuer au changement de culture collaborative avec un outil aussi puissant que la sociocratie. Que la Nouvelle Economie prospére!

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Tiré du site:

https://medium.com/@JenRau/sociocracy-and-the-new-economy-39b390806f34
Jennifer Rau
Jul 31, 2017

Traduit par Awa Ndiaye

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Un groupe courageux montre l’exemple à toute l’Europe en reprenant le contrôle de son lieu de travail

mar 11 septembre 2018

Un groupe courageux montre l’exemple à toute l’Europe en reprenant le contrôle de son lieu de travail

On pourrait qualifier les hommes et les femmes de Viome d’ouvriers d’usine, mais ça ne serait qu’à moitié vrai. Je les appellerais plutôt les gens les plus courageux que je connaisse ou les organisateurs d’une expérience sociale des plus saisissantes dans l’Europe d’aujourd’hui. Et c’est une leçon quotidienne donnée par la Grèce à la Grande-Bretagne du Brexit sur la façon de travailler et de faire de la politique.

Au moment le plus critique de la crise grecque de 2011, le personnel de Viome s’est trouvé confronté à un dilemme existentiel. Les propriétaires de leur entreprise étaient en faillite et avaient abandonné le site situé dans la deuxième ville la plus importante de Thessalonique. A partir de là, on connaît la chanson, leur usine de fabrication de produits chimiques pour l’industrie du bâtiment serait fermée. Il y aurait des licenciements et des dizaines de familles seraient plongées dans la pauvreté. Comme la Grèce traversait la plus grande crise économique de l’histoire de  l’Union Européenne, les travailleurs n’avaient quasiment aucune chance de retrouver un emploi.

Ils décidèrent alors d’occuper leur usine. Et en plus, ils y ont tout changé. J’y ai passé deux jours il y a quelque temps, lors d’un reportage pour les Actualités sur HBO et j’ai constaté qu’elle avait l’air d’une usine normale. Pourtant, derrière la façade, c’était comme le Tardis du Dr Who, plus on regarde à l’intérieur, plus on découvre d'incidences.

Pour commencer, il n’y a pas de patron, il n’y a pas de hiérarchie et tout le monde a le même salaire. Traditionnellement, les usines travaillent sur le modèle des chaines de production, où chacun fait les mêmes tâches toute la journée, tous les jours : tu poses l’écran, je fixe la protection, elle emballe le téléphone. Ici, on se réunit à 7h du matin autour d’un café grec bien noir et une discussion sur ce qui doit être fait. C’est là que les tâches du jour sont réparties. Et oui, ils nettoient aussi les toilettes à tour de rôle.

Prenez le temps d’y penser. Une poignée d’hommes et de femmes d’âge mûr qui ont passé toute leur carrière du mauvais côté et à qui on aboyait des ordres, se sont approprié leur lieu de travail et leur vie professionnelle. Ils sont devenus leurs propres patrons. Et se sont immédiatement alignés sur le principe d’une égalité la plus totale possible.

“Avant, je ne faisais qu’une seule chose et j’ignorais complètement ce que faisaient les autres,” se souvient Dimitris  Koumatsioulis qui a commencé à l’usine en 2004. Et maintenant ?  “Nous sommes tous unis. Nous avons oublié le concept du ‘je’ et nous fonctionnons collectivement en tant que ‘nous’ ‘’.

L’autre grand changement qui s’est produit concerne les voisins de l’usine. Quand les travailleurs ont “récupéré’’ leur lieu de travail (pour utiliser le terme local), ils n’ont pu le faire qu’avec l’aide des habitants de Thessalonique. Chaque fois que des représentants des patrons précédents venaient pour réquisitionner leur équipement, comme la justice le leur avait permis, des centaines de résidents formaient une chaine humaine devant l’usine. Quand les travailleurs ont consulté les habitants sur ce qu’ils devraient  produire dorénavant, ceux-ci leur ont demandé d’arrêter la production des produits chimiques. Ils fabriquent maintenant des savons et des détergents ménagers respectueux de l’environnement : plus propres, plus écologiques et moins agressifs pour le nez des riverains.

Le personnel utilise le bâtiment comme lieu de rassemblement pour des réfugiés et j’ai vu des bureaux confiés une fois par semaine à du personnel médical pour soigner gratuitement le personnel et la population locale. Le système de santé grec a été laminé par des coupes dans les dépenses et les réfugiés y sont traités de façon épouvantable. Cependant, les employés de Viome font de leur mieux pour suppléer à ces manques.    
Comme l’état s’est effondré, que le marché n’a pas été à la hauteur et que la classe dirigeante s’est littéralement enfuie, ces 26 travailleurs tentent de compenser toutes ces carences. Ces gens ont été trahis par le capitalisme, ils rejettent maintenant ce capitalisme qui a échoué.


Un autre ancien, Makis Anagnostou, raconte comment leur usine est la preuve « qu’une économie alternative est faisable ». Voyez le contraste avec la façon dont nous considérons habituellement le travail. Dans toutes les grandes usines ou bureaux, une équipe de sécurité garde le monde extérieur à distance. On laisse ses idées politiques à la porte et on écoute son contremaître. On parle même d’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle comme si les deux notions étaient antinomiques. A Viome, elles se rejoignent. Par conséquent, il existe un lien puissant de loyauté entre les travailleurs et leur communauté.

Le soir de mon arrivée, une foule de gens est arrivée pour une collecte de fonds. Assis sur des chaises en plastiques au milieu de l’entrepôt de stockage,  ils ont regardé une pièce de Dario Fo, jouée par une troupe de théâtre nationale. L’actrice principale a changé certaines de ses répliques pour coller au lieu et à sa production : « Ils vendent leurs savon partout et tout le monde l’achète ! ». Des applaudissements ont fusé dans le public et certains se sont essuyé les yeux.

Viome est précieux. Il est également précaire. Du toit du bâtiment, on voit l’immense site appartenant à la maison mère. Il employait environ 350 personnes. Maintenant, c’est dans une tout petite partie de l’ensemble que les 26 hommes et femmes travaillent.
Ils gagnent la même somme qu’ils recevraient au chômage. Et quand la nuit tombe, un des travailleurs reste pour monter la garde, au cas où les anciens propriétaires reviendraient. Pendant la journée, un alignement de tonneaux joue le rôle de barricade.

Malgré toutes ses fragilités, Viome continue d’offrir une leçon de politique à tout visiteur britannique. En cette année de référendum, les Britanniques sont entrés dans une ère de souveraineté à la con. De leur canapé, des politiciens prétendent avoir gagné. Ils font semblant d’écouter et  n’entendent que les réponses qui leur conviennent. Ils disent aux opposants qu’ils rabaissent la Grande-Bretagne. Toute véritable tentative de démocratie, comme le parti Travailliste revendiquant d’avoir son mot à dire sur ses représentants, est vilipendée et considérée comme un exemple de la loi de la rue.

Pendant ce temps, la politique britannique se limite à ce que les prétendus super Conservateurs se racontent dans les cocktails, une flûte de champagne à la main. De Théssalonique, on se rend compte que tout ça n’est que mensonge. Reprendre le contrôle? C’est juste une façon de permettre à Alexander Boris de Pfeffel Johnson d’avoir une audience à une heure de grande écoute. Des référendums? Bourrés de mensonges et d’alarmisme.

Si vous en avez assez des ex-gamins sortant de grandes écoles qui s’essaient au populisme, venez voir à quoi ressemble la démocratie exercée directement par le peuple lui-même. Venez à Viome.

Source : The Guardian

d’après  Aditya Chakrabortty  (The Guardian, mardi 18 juillet 2017)

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